Nous sommes huit ce matin, au départ de l'Hôtellerie du Plan d'Aups pour une randonnée inédite : le parcours partiel d'ouest en est du sentier-balcon
Marcel Estruch enchaîné par la partie supérieure de la Voie Gombault.
L'an dernier, à la même époque, j'avais fait avec Armelle, Catherine, Colette, Odette, Bernard et Robert, le parcours intégral du sentier M.
Estruch d'est en ouest, version classique. Aujourd'hui, pour varier les plaisirs, nous le parcourrons donc dans l'autre sens avec deux "rescapés" de l'an dernier, Colette et Robert, renforcés de
Christine, une ex-collègue de boulot, Nadine, Denis, Pierre-Edouard et Patrick.
C'est un groupe assez nombreux pour ce type de parcours mais mes compagnons sont tous dégourdis, ont le pied sûr et ne sont guère impressionnables.
On peut donc se le permettre. En outre, nous avons emporté pas mal de matériel, au cas où...
Cela étant, je déconseille formellement de s'embarquer sur ce genre d'itinéraire à plus de 7 ou 8 personnes, surtout s'il y a des débutants
qu'il faudra assurer tout au long du parcours.
L'approche, dans ce sens, est courte : il suffit de gagner les abords du col du Saint-Pilon, au niveau de l'avant-dernier virage et du
dernier oratoire avant le col, où un petit cairn sur la gauche marque le départ du sentier.
Il n'est pas très facile à suivre au début ; il faut bien repérer les cairns et l'on trouve ensuite le départ du balisage en pointillés
jaunes. Cette partie ne pose aucun problème : nous cheminons sur une sente peu marquée dans une zone pierreuse au-dessus de la forêt, puis nous atteignons un petit gendarme rocheux sur le fil
d'un éperon. Nous franchissons une petite brèche entre ce gendarme et l'éperon et, à partir de là, les difficultés vont commencer. On peut mettre le baudrier à cet endroit et s'équiper pour la
suite. En ce qui nous concerne, nous nous contentons de mettre notre casque et continuons notre chemin.
Le premier passage délicat est équipé d'une chaîne. Nous le franchissons à la descente ; l'arrivée, deux ou trois mètres plus bas
s'effectue par un petit mouvement pendulaire vers la droite, et elle est en léger dévers ce qui ne facilite pas les choses. Les premiers descendus se mettent à la parade pour les suivants
et le passage est franchi sans problème particulier. Un peu plus loin, se présente une petite arête facile mais aérienne et très esthétique qu'il nous faut gravir. Puis nous arrivons à la chaîne
qui équipe un mur de dix mètres qu'il va nous falloir descendre. Là, nous decidons de mettre les baudriers et d'assurer les moins aguerris d'entre nous. Denis, vieux briscard de l'Alpe, descend
le premier après avoir passé la corde dans une broche à côté de l'ancrage de la chaîne : il assurera ainsi les autres du bas, "à la moulinette". Nadine descend à son tour, sommairement encordée à
la taille, à tout hasard mais ce genre de passage n'est pas fait pour lui poser beaucoup de problèmes. Puis c'est le tour de Christine, qui est la moins expérimentée de notre groupe. Elle s'en
sort très bien, efficacement assurée par Denis. Passent ensuite Colette, Patrick, Pierre-Edouard et moi-même. Enfin, "Robert-le-Preux" descend à son tour ; très à l'aise sur ce terrain, il n'a
nul besoin d'assurage.
Se présente ensuite un passage facile mais très exposé et délicat, équipé d'une chaîne qui pend verticalement au-dessus, fixée à un seul "spit" : ce
genre d'équipement est assez "bricolé, et il convient d'être très vigilant ! Et un peu plus loin, commence le passage qui est peut-être le plus esthétique de tout le parcours : une
traversée d'une trentaine de mètres sur une vire très étroite, aérienne, mais heureusement protégée par une très solide chaîne sur laquelle nous mousquetonnons une longe de façon à nous assurer,
un peu comme dans une via ferrata. De cette façon, la traversée est effectuée dans de bonnes conditions de sécurité et tout le monde s'en sort fort bien.
Peu après, nous décidons de faire la pause-déjeuner sur un replat herbeux qui domine tout le plateau du Plan d'Aups. Denis a eu l'excellente
idée de porter jusqu'ici une très bonne bouteille de Château-Pigoudet, un vin de notre coin, près de Rians, et pour ma part, j'ai apporté un peu de café. Il ne manque que le génépy, mais
peut-être vaut-il mieux rester sobres car nous n'en avons pas encore tout à fait fini avec les difficultés !
Vers treize heures trente, nous repartons. Nous rencontrons d'abord un second passage équipé d'une chaîne verticale qui est également fixée à
un seul "spit" et il nous faut être prudents car il est assez délicat d'attraper ladite chaîne pour faire l'enjambée qui permet de franchir ce passage. Le mouvement n'est pas très commode et il
est lui aussi passablement exposé !
Colette, Nadine, Robert et moi qui avons déjà fait ce parcours - plusieurs fois en ce qui me concerne - dans le sens est-ouest, nous
accordons à dire qu'il est plus délicat en sens inverse - celui que nous avons choisi aujourd'hui - car presque tous les passages difficiles se font à la descente. Cette constatation nous est
confirmée un peu plus loin où une cheminée de 3 ou 4 m de haut nous oblige à installer une corde. Lorsque nous avions franchi ce passage à la montée, personne n'avait eu besoin de
corde.
Mais ce dispositif rassure, et surtout simplifie les choses, même si son installation prend du temps : il vaut toujours mieux prendre quelques
minutes pour équiper un passage que négliger cette précaution et "exposer la viande" !
Et bientôt, après un cheminement plus facile sur des vires et des gradins terreux, nous croisons le balisage jaune de la Cheminée des
Grimpeurs. De là, nous savons que nous n'allons pas tarder à atteindre le tracé noir de la Voie Gombault dont nous allons gravir la partie supérieure pour gagner les crêtes.
En effet, cent ou deux cents mètres plus loin, nous rencontrons le balisage en question.
Le départ n'est pas difficile : nous gravissons des gradins terreux et de petites dalles rocheuses, puis nous arrivons au pied d'un
passage vertical très facile (cela ne doit pas dépasser le II !) mais que Denis, qui marche devant, équipe sagement d'une main-courante pour aider les moins entraînés d'entre nous. De cette
manière, ce ressaut est facilement escaladé.
La Voie Gombault effectue ensuite une assez longue traversée vers la droite ; nous revenons ainsi un peu sur nos pas, mais une
vingtaine de mètres au-dessus du niveau du sentier Marcle Estruch. Une fissure-cheminée de 5 ou 6 m se présente ensuite ; c'est un passage d'escalade qui doit dépasser légèrement le II mais que
tout le groupe franchit avec aisance. Il est vrai que depuis un bon moment, nous avons pris la mesure de ce genre d'exercice !
Un dernier petit passage rocheux, et nous débouchons enfin sur le sentier qui passe juste sous le sommet des Béguines, une trentaine de mètres
sous la crête.
Là, nous sommes accueillis par un assez fort vent de sud-est qui nous oblige à "bâcher" un peu. Contrairement au projet initial qui
était de traverser les crêtes vers l'est pour descendre par le Pas de l'Aï, nous décidons de revenir par le col du Saint-Pilon. Ainsi, le parcours de la crête, très exposé au vent, en sera
sensiblement raccourci ; au fond, le contrat est rempli : l'objectif était surtout l'enchaînement du sentier Marcel Estruch et de la Voie Gombault !
Cependant, pour maintenir l'intérêt et le caractère sportif de la randonnée, nous suivons la crête "au plus près", abandonnant le GR qui
passe plus bas sur le versant sud pour éviter les petits escarpements de la crête. Ce parcours n'est pas difficile mais plus joli et plus amusant que celui du GR.
Bientôt, nous approchons du col du Saint-Pilon. Nous rencontrons peu avant un petit troupeau de chèvres dont l'une - qui aurait
apparemment bien besoin d'être traite! - vient nous lécher les avant-bras, attirée sans doute par le sel de notre transpiration.
Puis le col du Saint-Pilon est atteint. Une belle croix a été érigée assez récemment un peu à l'est, mais j'ignore la date exacte à
laquelle elle a été posée là.
Maintenant, la descente est facile. Nous décidons de revenir à l'hôtellerie par le GR, un peu plus rapide que le chemin suivi à l'aller,
et il est presque 17 h quand nous retrouvons nos véhicules. Le vent forcit et le temps se couvre... je crois que nous avons choisi la bonne journée pour faire ce parcours en cette période de
météo particulièrement instable !
Fiche technique :
Randonnée sportive
Massif de la sainte-Baume
Horaire : 5 h
Altitude départ : 669 m
Altitude sommet : 1148 m
Dénivellation : 750 m positive cumulée
Difficulté : P3, T3
Matériel : casque, baudrier, 2 ou 3 sangles et mousquetons, corde de 20 m
Carte : IGN au 1:25000 n° 3345 OT
Topo-guide des escalades dans la Sainte-Baume
Remarques :
Itinéraire délicat sur terrain assez complexe et comportant plusieurs passages très exposés, réservé à des randonneurs
expérimentés et entraînés aux manipulations de corde. A ne pas entreprendre après une période de fortes pluies ou par temps de gel.
Période favorable :
De mars à octobre inclus par temps sec.
Date du parcours : 25 avril 2012, dans le cadre des
sorties de "La Draio", le Groupe de Montagne de Peyrolles-en-Provence.
Météo : nuageux, assez fort vent d'est sur les
crêtes.
Participants : Christine, Colette, Nadine, Denis,
Patrick, Pierre-Edouard, Robert et Marcel
Toponymie :
Le sentier Marcel Estruch tire son nom d'un grimpeur des
années 1930 qui avait trouvé la mort dans les Calanques peu après le premier parcours de cet itinéraire nommé initialement "Balcon des sangliers".
Les Béguines : nom d'un ordre religieux féminin. Peut-être y
a-t-il eu des représentantes de cette communauté à la Sainte-Baume...
Lien photographique :
https://picasaweb.google.com/vieuxloup52/SENTIERMARCELESTRUCHVOIEGOMBAULT250412#